Au Maroc, on l’appelle louban dakar. Dans bien des familles, il évoque autant le parfum des maisons que les veilles d’examen et les grands-mères qui répètent qu’il « ouvre la mémoire ». D’où vient cette réputation ? Et que savent aujourd’hui les chercheurs de l’oliban et de la mémoire ? Retour sur une tradition millénaire, à la lumière de la science.
Louban dakar : un nom qui parle de mémoire
En arabe, dhakar (ذَكَر) et dhikr (ذِكْر), qui désigne le souvenir, la mémoire, partagent la même racine. Au Maroc, beaucoup entendent dans « louban dakar » l’encens de la mémoire. Le mot désigne aussi traditionnellement les larmes les plus pures et les plus recherchées de la résine.
Une réputation ancienne contre l’oubli
L’usage de l’oliban pour la mémoire ne date pas d’hier. Dans la médecine arabo-persane, où la résine est appelée kundur, de grands auteurs comme Avicenne la mentionnaient déjà pour aider à retenir et à apprendre. Une revue scientifique consacrée à Boswellia sacra, l’arbre de l’oliban d’Arabie, rappelle que la médecine populaire arabe lui attribue la capacité d’améliorer la mémoire (Miran et al., 2022).
Au Maroc, ce savoir s’est transmis de génération en génération : le louban dakar accompagne les moments d’étude, les périodes d’examens et, plus largement, l’idée qu’il faut prendre soin de son esprit autant que de son corps.
Ce que disent les études
Chez l’animal, des résultats encourageants
Depuis une vingtaine d’années, plusieurs équipes de recherche, notamment en Iran, ont étudié l’oliban chez le rat. Une revue de ces travaux indique que des extraits de résine issus de différentes espèces de Boswellia ont amélioré la mémoire d’animaux en bonne santé comme d’animaux présentant des troubles de la mémoire provoqués expérimentalement.
Dans l’une de ces études, des rats présentant un modèle expérimental de maladie d’Alzheimer ont reçu un extrait aqueux d’oliban pendant 21 ou 42 jours. Seul le traitement de 42 jours a amélioré leurs performances dans un test de mémoire, ce qui suggère un effet dépendant de la durée (Beheshti & Aghaie, 2016).
Chez l’humain, un premier essai
Les données humaines restent rares. En 2025, un essai randomisé, en double aveugle et contre placebo, a suivi 100 adultes de 40 à 65 ans qui se plaignaient de leur mémoire. Pendant 120 jours, la moitié a pris chaque jour un complément associant un extrait d’oliban indien (Boswellia serrata) et un extrait de haritaki (Terminalia chebula), une autre plante de la médecine ayurvédique. Par rapport au placebo, les chercheurs ont observé de meilleurs résultats aux tests d’apprentissage et de rappel de mots, ainsi qu’une meilleure qualité de sommeil. Le complément a été bien toléré (Salter et al., 2025).
Les auteurs présentent eux-mêmes ce travail comme une étude pilote : il porte sur un mélange de deux plantes, à une dose précise, et doit être confirmé par d’autres essais.
Ce qu’il faut retenir
- La réputation de l’oliban pour la mémoire repose sur une tradition très ancienne, partagée du Maroc à la Perse.
- La recherche s’y intéresse sérieusement, mais les résultats proviennent surtout d’études animales et d’un premier essai humain sur un mélange d’extraits.
- Ces travaux ne permettent pas d’affirmer que l’oliban améliore la mémoire chez l’humain, ni de recommander un usage particulier.
Nous partageons ici un savoir ancestral qui fait partie de notre héritage, pas une promesse. Pour toute question sur votre mémoire ou votre santé, et avant toute consommation de plante ou de complément, notamment pendant la grossesse ou en cas de traitement, demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Pour découvrir ce que la science dit de l’oliban pour la peau, lisez notre article Oliban (louban dakar) : ce que dit la science sur cette résine pour la peau.
Sources scientifiques
- Miran M, et al. Taxonomical Investigation, Chemical Composition, Traditional Use in Medicine, and Pharmacological Activities of Boswellia sacra Flueck. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. 2022:8779676.
- Beheshti S, Aghaie R. Therapeutic effect of frankincense in a rat model of Alzheimer’s disease. Avicenna Journal of Phytomedicine. 2016;6(4):468-475.
- Salter D, et al. A standardized combination of Boswellia serrata and Terminalia chebula extracts to improve cognition in adults with subjective memory complaints: a randomized controlled proof-of-concept study. Frontiers in Nutrition. 2025;12:1695341.
Cet article a une vocation informative et culturelle. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.












